Dossier harcèlement : des conséquences graves 4/5

Si les effets dramatiques et immédiats du harcèlement scolaire sont relativement bien connus : troubles du sommeil, décrochage scolaire, dépression, suicide… De nouvelles recherches mettent en lumière les conséquences du harcèlement sur le long terme et leur impact à l’âge adulte.

Le harcèlement ne forge pas le caractère, il le détruit

À court terme, le harcèlement provoque des troubles du métabolisme et du comportement ainsi qu’un isolement relationnel. À moyen terme peuvent apparaitre des troubles anxio-dépressifs et l’échec scolaire. À long terme, on observe des troubles de la socialisation et des troubles psychiatriques : dépréciation de soi, dépression…

Le syndrome post-harcèlement à l’âge adulte

Ellen Walser deLara, thérapiste de la famille et professeure en travail social à l’Université de Syracuse dans l’État de New York, a interviewé plus de 800 personnes âgées de 18 à 65. Elle a identifié des symptômes récurrents qu’elle a nommé : APBS pour « adult post-bullying syndrome » ou « syndrome post-harcèlement à l’âge adulte ». Dans son étude, elle a pu analyser que plus d’un tiers des personnes qui ont été harcelées et qu’elle a pu suivre sont affectées par ce syndrome post-harcèlement.

Selon la chercheuse, dans une certaine mesure, ce syndrome peut être rapproché du « syndrome de stress post-traumatique ». Ce syndrome se retrouve chez des personnes ayant subi des expériences terriblement traumatisantes, lesquelles perturbent fortement leurs réponses combat-fuite (réaction de l’organisme face aux menaces et au stress).

Des séquelles dans la vie professionnelle

Le harcèlement scolaire a aussi des répercussions sur la carrière professionnelle. Les participants ayant été maltraités par leurs camarades ont admis avoir des difficultés à trouver du travail et à garder leur emploi longtemps.

« Être victime de harcèlement est très traumatisant et peut laisser des cicatrices émotionnelles pour le reste de sa vie, estime le psychologue Guy Winch. Par conséquent, certaines personnes, quoi qu’elles fassent, vont toujours avoir moins confiance en elles que les autres, ratant ainsi des opportunités. »

DES CONSÉQUENCES POUR TOUS LES ACTEURS DU HARCÈLEMENT

Qu’en est-il des harceleurs ? Des chercheurs de l’université de Pittsburgh, en Pennsylvanie ont suivi 305 hommes, du cours préparatoire jusqu’à leur trentième anniversaire, en analysant régulièrement leur état de santé. Chacun d’entre eux avaient été harcelé ou harceleur entre l’âge de 10 et 12 ans. Une fois adultes, près de 260 participants ont passé des tests sanguins et rempli un questionnaire pour évaluer leur niveau de stress, mieux connaître leurs habitudes alimentaires et leur statut socio-économique.

Résultat, les enfants harceleurs sont nombreux à rester agressifs à l’âge adulte, voire hostiles. Ils sont plus enclins à consommer des substances addictives, et, plus étonnant, leur risque cardiovasculaire augmente. Plus de 20 ans après, ils sont quotidiennement confrontés à des situations de stress.

« Les deux groupes subissaient beaucoup de stress à l’âge adulte, on peut donc dire que l’impact du harcèlement dure longtemps ! » précise la chercheuse Karen Matthews, responsable de l’étude. « La plupart des recherches sur le harcèlement se concentraient sur les conséquences sur la santé mentale, mais nous souhaitions examiner l’effet potentiel du harcèlement sur la santé physique et les facteurs de risque psychosociaux ayant eux-mêmes un impact négatif sur la santé physique« , ajoute-t-elle.

 

 

DOSSIER HARCÈLEMENT

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Journal de l’APEL, nouvelle maquette 2018

Découvrez le numéro 26 du journal de l’Apel de Paris dans sa nouvelle formule.

Nouveau nom (« d’une rive à l’autre »), nouvelle maquette, nouveaux contenus pour mieux répondre aux préoccupations des parents.
Le thème cette année est : « Comment nous vous aidons ».

Chaque famille recevra un exemplaire de ce journal par l’intermédiaire du cartable d’un des enfants de la famille.

Ce Bulletin est également disponible en téléchargement sur le  site internet www.apel75.com et sur la page Facebook  www.facebook.com/APELdeParis

Comment être heureux d’apprendre à l’école ? (France Inter)

Pourquoi une éducation punitive peut conduire à l’échec scolaire ? Catherine Guéguen, pionnière de l’éducation positive, qui a connu un grands succès avec son ouvrage « Pour une enfance heureuse », publie un nouveau livre consacré à la scolarité positive, en s’appuyant sur les neurosciences

Le bonheur à l’école ? © Getty / JGI/Jamie Grill

Comment rendre nos enfants heureux à l’école ? C’est la question que nous posons ce matin. Alors que l’écrasante majorité des enfants en bas âge prend plaisir à apprendre, pourquoi nombre d’entre eux ne s’épanouissent pas suffisamment à l’école ? Une école synonyme de stress et de peur d’échouer. Pourquoi une éducation placée sous le signe du lien chaleureux et de l’empathie génère un cercle vertueux, bon pour les enfants et les enseignants…

Pourquoi une éducation punitive peut conduire à l’échec scolaire ?

Quel est l’impact de la dévalorisation et de l’humiliation verbale ? Quels sont les outils offerts aux enseignants pour rendre heureux nos enfants en classe ? Quels sont les critiques que l’on peut adresser à cette éducation bienveillante ?

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Dossier harcèlement : une relation triangulaire 3/5

S’il puise assurément une partie de son origine dans les personnalités respectives du harceleur et de la victime, le harcèlement ne se maintient dans la durée que parce des pairs le soutiennent, l’encouragent ou feignent de l’ignorer.

un phénomène de groupe

Il est très rare de le voir le harcèlement se développer dans le cadre fermé d’une relation duale. La présence du groupe semble même être l’une des conditions nécessaire à son existence.
On peut ainsi représenter un phénomène de harcèlement sous la forme d’une relation triangulaire réunissant un harceleur, une victime et un groupe de pairs.

Cette relation victime-agresseur-spectateurs est centrale et les pairs sont amenés à jouer un tout à fait déterminant au sein du processus de harcèlement. Ils peuvent, en effet, l’encourager, réduire ses effets ou le faire cesser selon l’attitude qu’ils vont adopter : participation directe ou indirecte, par des rires et des moqueries, ou à l’inverse désapprobation et même soutien apporté à la victime.

S’intégrer ou s’exposer

Les enfants et adolescents, comme les adultes, entretiennent des relations sociales et participent à des groupes. Marie Raynal, dans l’un de ses éditos pour la revue Diversité, explique ainsi que l’affiliation au groupe est essentielle pour eux – les enfants veulent être reconnus par les autres, adopter les codes et normes en vigueur, ils veulent « être comme ».

Tout comme nous, ils veulent avoir un « groupe d’appartenance ».

Pour survivre, pour intégrer le groupe, il faut donc suivre à tout prix. Se retrouver isolé, c’est s’exposer au risque de devenir soi-même la victime du groupe. On se protège derrière le groupe.

les TÉMOINS

Christina Salmivalli, professeur de psychologie à l’université de Turku en Finlande, a montré qu’à l’intérieur d’un groupe assistant à une scène de harcèlement, les témoins étaient impliqués de différentes manières. Elle identifie clairement trois positions que peuvent adopter les témoins de faits de harcèlement.

les supporteurs

Au sein d’un groupe de harceleurs on peut toujours trouver un meneur, celui sans qui le harcèlement n’aurait pas lieu. Mais à ses côtés, on remarque aussi toute une série de lieutenants, les seconds couteaux qui encouragent et renforcent les actes d’agression.

« Certains élèves, note-t-elle, vont devenir les assistants de l’attaquant ; d’autres, s’ils n’agissent pas directement contre la victime forment, en toile de fond un soutien important à celui-ci, en riant, en faisant des gestes encourageants ou en s’attroupant simplement comme voyeurs ».

les outsiders

D’autres élèves, souvent les plus nombreux, vont rester en retrait sans se positionner très clairement. Ils n’approuvent pas forcément ce qu’ils voient mais ils laissent faire.

les défenseurs

Enfin, il y a la troisième catégorie d’élèves, ceux qui prennent position en faveur de la victime soit en intervenant directement pour s’opposer au harcèlement, soit en aidant la victime après coup en la soutenant et en la réconfortant.

(Extrait de l’article : Jean-Pierre Bellon et Bertrand Gardette, Le rôle des pairs dans la constitution du harcèlement scolaire.)

 

Victimes et bourreaux : même profil

Loin des clichés de couples fort – faible, gentil – méchant, où tout pourrait sembler joué d’avance, harceleurs et harcelés partagent souvent la même vulnérabilité. Ils ont d’ailleurs souvent été amis auparavant. C’est le cas dans 2/3 des cas ! Et il n’est pas rare que d’anciens harcelés deviennent harceleurs à leur tour.

Alors oui le petit caïd, au tempérament impulsif, se retrouvera plus fréquemment du côté des harceleurs et l’enfant qui présente des caractéristiques physiques singulières, fera plutôt partie des harcelés. Mais comme pour les témoins, les situations sont multiples et globalement imprévisibles. Tout commence par une volonté de stigmatiser la différence, associée à l’identification d’une faille de vulnérabilité chez la victime potentielle mais aussi à la perspective de prendre du galon dans le groupe, d’exercer un pouvoir, d’avoir le contrôle.

A partir de là, c’est l’enchaînement. Le phénomène de groupe, la posture dominante acquise par le bourreau, qui voit sa côte de popularité augmenter, ne laisse aucune chance à la machine de s’arrêter.

Les harceleurs, qui sont-ils ?

Il n’existe pas de profil type du harceleur, mais les experts – avec chacun son avis bien tranché – ont identifiés différents groupes (pas toujours similaires d’un expert à l’autre).

Si les harceleurs peuvent agir pour masquer leur propre vulnérabilité ou comme exutoire (de ce qu’ils vivent à la maison par exemple), comme nous l’avons vu précédemment, Emmanuelle Piquet, elle, estime que les auteurs ne sont pas nécessairement des enfants malheureux ou manquant de confiance en eux.

PRÉSERVER et développer sa popularité

Pour elle, la position sociale au sein de l’échelle du collège entre en jeu. A l’adolescence, les enfants vont, avant tout, être en quête de popularité. Et dans le même temps, la compassion et la morale prennent une importance de plus en plus minime pour eux. « Il existe une vraie injonction sociétale à être populaire, et une façon de le devenir consiste à prouver son ascendance sur l’autre en lui faisant peur« , soutient-elle.

Elle distingue deux profils de personnes populaires.  Le profil « Lady Di » : il s’agit d’enfants beaux, généreux, sympathiques, à l’écoute des autres. Ils sont appréciés par tout le monde et peuvent changer de groupe comme bon leur semble. Ils n’ont donc pas besoin d’harceler les autres pour être populaires. Ces enfants ne représentent que 2 % des élèves.

le profil « Nelly Olsen »

Du nom de la chipie dans la série La Petite maison dans la prairie. Ces enfants sont populaires car ils arrivent à retourner un groupe contre une seule personne, grâce, par exemple, à leur répartie. Ces harceleurs choisissent leur proie (enfant qui vient de se disputer avec son meilleur ami, d’avoir une mauvaise note, etc.), et vont tenter de la déstabiliser, et continuer si l’autre ne se défend pas.

Volonté de nuire

Et puis, et même si les experts du sujet l’évoquent moins souvent, les harceleurs peuvent aussi et tout simplement décider de s’attaquer à une victime pour lui nuire, sciemment. Le processus de harcèlement se déclenche généralement en réaction à une jalousie, rivalité, blessure d’égo, etc.

La responsable d’une étude menée par le département de sociologie de l’université de Pennsylvanie, Toxic Ties: Networks of Friendship, Dating, and Cyber Victimization indique :

« Les amis ou anciens amis sont plus enclins à se trouver dans des situations où ils concourent aux mêmes écoles, clubs, places dans une équipe sportive ou encore relations sociales. Les jeunes qui sortent ensemble, eux, ont souvent des sentiments blessés ou amers après une rupture. Ils peuvent alors les renvoyer sur leur ancien partenaire via une cyber-agression« 

Quoi qu’il en soit, et quelles que soient les raisons qui ont poussées le harceleur à lancer ses attaques, le sentiment d’impunité et la dilution de responsabilité – puisque je ne suis pas le seul à le faire et que personne n’intervient, alors je ne porte pas la responsabilité seul – laissent croire le harceleur que son comportement n’est finalement pas si répréhensible que ça.

 

et les victimes alors ?

Pour le ministère de l’Éducation nationale, le harcèlement scolaire résulterait, au moins en partie, du rejet de la différence : caractéristique physique, orientation sexuelle, un handicap, ou bien encore l’appartenance à un groupe minoritaire dans l’école ou le collège.

détecter un talon d’achille

L’École de Palo Alto considère, quant à elle, que la stigmatisation serait liée à une vulnérabilité de l’enfant à un moment donné. N’importe quel élève est susceptible d’être pris pour victime à n’importe quel moment et pour n’importe quelle raison – voire même sans raison. Les autres enfants repèrent vite qu’ils peuvent exercer leur pouvoir sur celui-là.

« Le harcèlement se nourrit en effet avant tout de la vulnérabilité d’un enfant. C’est seulement dans un deuxième temps que le harceleur va se saisir d’une particularité quelle qu’elle soit pour accentuer la vulnérabilité qu’il aura décelée en amont. » Emmanuelle Piquet

un cercle vicieux

Ensuite, tout est question de réaction de la victime. Le harcèlement étant une exploitation de la faiblesse, si la victime n’ose pas ou ne réussit pas à se défendre, le phénomène risque de se durcir. Ne pas réagir est la pire des solutions.

C’est en effet plus une question de posture qui fera basculer, ou pas, un enfant dans le cauchemar du harcèlement. Un enfant sera capable, contrairement à un adulte de détecter une fragilité chez un autre enfant, et c’est ce qui le poussera à le taquiner, afin de voir s’il y a ou non du répondant de sa part… ainsi se met en place le cercle vicieux du harcèlement scolaire.

 

Pour aller plus loin (et également parmi les sources qui nous ont permis d’écrire cet article) :

http://temoignages.francetv.fr/harcelement-scolaire/

http://www.bourreauxdecole.fr/#Bourreaux_d’%C3%A9cole

http://www.madmoizelle.com/harcelement-scolaire-parole-harceleuses-180989

Le Harcèlement scolaire en 100 questions

https://www.universitedepaix.org/tag/harcelement-scolaire

 

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